Lettre ouverte au Président de la République

 

Nicolas Hulot a appelé à une Union Sacrée sur le climat, Soyez le premier à dire oui !

 

Monsieur le Président,

La vague de chaleur qui frappe actuellement l’hémisphère nord de notre planète nous rappelle qu’il y a urgence à baisser radicalement nos émissions de gaz à effet de serre.

Aussi, je m’inquiète du peu d’avancées de la lutte contre le dérèglement climatique depuis votre élection, il y a un peu plus d’un an. Et je m’en inquiète d’autant plus que vous avez déclaré devant les participants au One Planet Summit : « Nous sommes en train de perdre la bataille ».

Votre ancien ministre Nicolas Hulot a appelé, il y a quelques jours, l’ensemble des partis politiques à une « Union sacrée sur le climat ». Il a raison. Et c’est faisable.

En effet, le changement climatique présente des caractéristiques politiques uniques. L’ensemble des êtres humains que nous sommes sont ou seront impactés par cet accident planétaire en cours. Nous avons donc tous le même intérêt à ce qu’il soit contenu. S’il ne l’est pas, tous les efforts faits pour maîtriser les autres problématiques (emploi, sécurité, identité, santé, biodiversité, etc.) auront été inutiles et la survie de l’humanité sera en jeu.

On connaît les causes du phénomène et la seule et unique solution pour y faire face : baisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre, principalement par l’abandon de la combustion des énergies fossiles. Cette solution, impliquant un important changement collectif des modes de consommation, ne pourra réussir qu’imposée à tous par la voie réglementaire. Elle sera forcément impopulaire1. Les efforts volontaires, qu’ils viennent des particuliers, des entreprises ou des collectivités, sont nécessaires mais pas suffisants. Trop lents à se généraliser, ils ne peuvent plus répondre à l’urgence

Ce constat – une catastrophe universelle en cours pour laquelle il n’y a qu’un seul remède – est le même quels que soient les orientations politiques, le niveau de vie ou les croyances religieuses des uns et des autres. Par conséquent, il n’y a aucune raison de ne pas trouver un chemin commun pour atténuer le plus possible la détérioration du climat, ni pour mettre en place les mesures nécessaires d’adaptation au changement qu’on n’aura pas su éviter.

Depuis toujours dans les pays démocratiques, les majorités profitent des alternances pour détricoter les politiques conduites par leurs prédécesseurs qui eux-mêmes s’empressent de s’opposer, par principe. Pour le climat, c’est le cas actuellement aux Etats-Unis et ça l’a été, il y a quelques années, au Canada, en Australie ou encore en France. Il faut en finir avec ces coûteux va-et-vient qui font perdre un temps précieux.

C’est pourquoi  je vous demande, à mon tour, de proposer une Union sacrée à l’ensemble des partis politiques. Celle-ci permettrait de sortir la problématique Climat/Énergie du champ politique (politicien) pour la mettre à l’abri des démagogues et des groupes de pression.
C’est de cette façon qu’il sera enfin possible d’instaurer une politique de baisse des émissions de gaz à effet de serre forte, contraignante, équitable et s’appliquant à tous sur le long terme, seule capable de permettre à notre pays de respecter les engagements qu’il a pris en signant l’Accord de Paris lors de la COP 21.

Pour obtenir cette Union de salut public, il faut se mettre d’accord sur les objectifs à atteindre, sur les politiques à conduire, sur le nom des personnes chargées de la mise en œuvre et sur le type d’organisation à mettre en place. C’est difficile. Mais c’est vital. Et en tant que Président de la République, vous seul avez la légitimité pour le proposer aux responsables de tous les partis politiques et les mettre, publiquement, face à leurs responsabilités.

L’organisation pourrait être celle-ci : Création d’un Conseil du Changement Climatique2, indépendant du gouvernement, composé d’élus, de scientifiques, d’experts et de représentants de la société civile.  Création d’un Ministère du climat et de l’énergie non subordonné au Premier Ministre. Ce ministère n’est pas en charge de l’écologie. Le Conseil est chargé de fixer la politique de lutte contre le dérèglement climatique. Le Ministre est chargé d’appliquer cette politique. Il a autorité sur l’ensemble du gouvernement pour toutes les questions qui peuvent avoir un impact sur les émissions de gaz à effet de serre. Seul le Parlement peut, à la majorité qualifiée, censurer les décisions du Conseil ou les actions du Ministère du Climat. Le fonctionnement de cet ensemble est inscrit dans une charte signée par les partis politiques engagés dans l’Union. Celle-ci comprend également un code de bonne conduite : recherche de consensus, soutien de la politique décidée par le Conseil du Changement Climatique, engagement de ne pas la remettre en cause lors des alternances politiques. Cette proposition est une parmi d’autres possibles3.

 

Je compte sur vous, Monsieur le Président, pour empêcher que des intérêts électoralistes ou mercantiles détournent sans cesse notre collectivité humaine de ce chemin du bon sens qu’est l’arrêt progressif mais rapide des émissions de gaz à effet de serre. C’est la seule façon de laisser à nos descendants un climat encore vivable.

Bien respectueusement,
Jacques Boulan, citoyen climato-inquiet
Le 28 août 2018

 

1 – Pour que la politique de lutte contre le dérèglement climatique ait des chances de réussir, il faut qu’elle soit comprise. Pour cela, il est indispensable que soit mis en place un grand plan d’information du public et de formation à tous les niveaux : enseignement scolaire et supérieur, formation professionnelle, associatif et politique, à commencer par les élus (conseillers des différentes collectivités et parlementaires).

2 – La composition du Conseil et le choix du ministre sont obtenus par consensus des partis engagés dans l’Union.

3 – Autre solution qui a l’avantage d’être déjà mise en pratique : Le Parlement Suédois a adopté une loi-cadre entrée en vigueur le 1erjanvier 2018. Elle oblige le gouvernement à ne mener que des politiques compatibles avec les engagements pris par la Suède à Paris en 2015. Tous les partis politiques, à l’exception de l’extrême droite, ont soutenu ce texte de loi. Désormais, le gouvernement doit, chaque année, élaborer l’ensemble de son budget en accord avec les objectifs climatiques. Il doit expliquer ses choix. Un plan d’action quadriennal est établi et suivi. Un conseil d’experts indépendants est chargé de contrôler tout cela. Et son rapport annuel est rendu public.

 

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