Fauchage raisonné, mais fauchage déraisonnable…

Lettre ouverte au président de ma communauté de communes :

Monsieur le Président,

La semaine dernière, un agent de la communauté de communes conduisant un tracteur équipé d’une épareuse a réalisé l’entretien des bords de la voie communale qui relie le village de Puy d’eau au bourg de Saint-Cyr.

Son travail est parfait, méthodique, soigné, raisonné. Des deux côtés de la route, il a fauché l’accotement sur toute sa largeur (parfois près de 4 mètres). Il a fauché également  les deux bords du fossé, le talus sur toute sa hauteur (parfois près de 3 mètres) ainsi que le haut du talus entre les arbres jusqu’aux limites des parcelles agricoles. Il a débroussaillé le côté et le dessus des clôtures quand c’était nécessaire. Il a même poussé sa conscience professionnelle jusqu’à tondre le lierre qui monte le long des troncs des chênes. Le fauchage a été réalisé au plus près, le sol étant parfois rasé ou même scalpé. Il aura fallu une bonne journée à votre agent pour exécuter ce chantier.

Une semaine après le chantier …

Pour quels bénéfices ? La sécurité peut-être, je n’en vois pas d’autres. Mais pour la sécurité, il aurait suffi d’un seul passage de l’épareuse de part et d’autre de la chaussée goudronnée, ainsi qu’un nettoyage plus large dans certains virages pour améliorer la visibilité.

Pour quels coûts ? Ici, la colonne est plus longue. C’est coûteux financièrement pour la collectivité, en heures d’agent, en heures de machines, en litres de carburant. C’est coûteux pour la biodiversité, en perte d’habitat pour une multitude d’insectes et de petits animaux. C’est coûteux en ressource en eau car, en facilitant le ruissellement, cela réduit la quantité d’eau de pluie pénétrant dans le sol jusqu’à la nappe phréatique. Enfin et surtout, c’est coûteux en terme climatique du fait de la grande quantité de CO2 relâchée inutilement dans l’atmosphère.

En 2015, notre pays a signé l’Accord de Paris sur le Climat. Le parlement l’a ratifié. La nation entière s’est engagée avec, au premier rang, ses élus dont vous êtes. Cet engagement consiste à réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 40% en 2030 et 100% en 2050. En simplifiant un peu, il s’agit de réduire d’autant nos consommations d’énergies fossiles. Mais comme depuis 5 ans, cette baisse n’a pas été vraiment engagée, pour rattraper le temps perdu, le parlement européen vient de voter un renforcement de cet engagement en le portant à 60% en 2030. Le parlement européen a raison. Tous les spécialistes sont d’accord (sauf Trump, mais il n’est pas spécialiste du climat), si la tendance actuelle n’est pas rapidement et vigoureusement inversée, l’atmosphère terrestre pourrait se réchauffer de 5 ou 6°C d’ici la fin du siècle. Cela mettrait en danger la vie de nos descendants et la survie de l’humanité.

Habitant de la commune de Saint-Cyr et donc de la Communauté de Communes de l’Ouest Limousin, je m’inquiète de constater que ma communauté de communes continue d’agir comme si de rien n’était.  

Pourtant, Monsieur le président, votre collectivité peut agir efficacement à son échelle et dans sa sphère de compétences, pour réduire toutes les consommations d’énergie et aider sa population à en faire autant.

Certes, la crise sanitaire, la crise économique liée et les agressions terroristes occupent nos esprits. Mais elles ne doivent pas nous faire oublier que la crise climatique est bien plus puissante, bien plus grave et irréversible. Veiller à la santé et à la sécurité de nos concitoyens ne doit pas empêcher de lutter contre le dérèglement climatique. Et cette lutte est un devoir civique et moral vis-à-vis des jeunes générations.

C’est pourquoi, je compte beaucoup sur vous et votre équipe, Monsieur le Président, pour mettre en œuvre tous les leviers dont vous disposez pour que la communauté de communes prenne toute sa part dans les efforts nécessaires pour tenir les objectifs de l’Accord de Paris sur le Climat.

Cordialement,
Jacques Boulan

Le 11 novembre 2020 / année A -10 avant la cata

Calculs de coin de table : Il y a plus d’un million de km de routes départementales et communales en France. Le tracteur qui fait ce beau travail deux fois par an, sur à peine deux  petits kilomètres, consomme environ 20 litres à l’heure. Il a travaillé près de 7 heures et émis plus de 240 kilos de CO2. Multiplié par 1 000 000, ça fait combien de tonnes ? Sans compter le reste du monde.  

Un tracteur agricole consomme en moyenne 0,27 litres de gazole par CV et par heure // 1 litre de gazole consommé relâche dans l’atmosphère 2,6 kg de CO2.

Dans le creux de l’oreille : Collectivités, évaluez gratuitement l’impact de vos décisions sur le climat ! Pour en savoir plus, cliquez ici

2 commentaires sur “Fauchage raisonné, mais fauchage déraisonnable…

  1. On fait ça pour les « imbécilots » qui votent, et pour prouver qu’on s’occupe d’eux. Je précise que le versant du fossé côté route relève du domaine public, mais pas l’autre. Dans ma commune on creuse les fossés pour que l’eau s’en aille plus vite à la mer. Moi, je faisais le contraire.

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