De 1 à 6°C, les impacts attendus du réchauffement

Le 5ème rapport du GIEC (Groupe Intergouvernemental d’experts sur l’Evolution du Climat) publié en 2013 prévoit un réchauffement d’ici 2100 de 1,8°C à 4,8°C selon la façon, sobre ou sans frein, dont l’humanité va consommer les énergies fossiles au cours des prochaines années.

Degré par degré, en s’appuyant sur plus de 300 articles scientifiques et en puisant des comparaisons dans l’histoire du climat terrestre, le journaliste scientifique Mark Lynas, dans son livre Six degrés, que va-t-il se passer ?, décrit les conséquences probables pour notre planète de ce réchauffement. Le dernier chapitre insiste sur la nécessité d’agir vite et sur les possibilités d’action. Le changement climatique sera la toile de fond de l’histoire du XXIe siècle. Un homme averti en vaut deux. (voir note en fin d’article)

 

+ 1 degré (c’est le cas depuis trois ans)

L’ouest des États-Unis est frappé de sécheresses pérennes, accompagnées d’incendies de forêts et de l’assèchement de rivières et de lacs.

Non seulement les neiges du Kilimandjaro disparaissent, mais aussi par la suite la plupart des forêts environnantes, cruciales pour l’alimentation en eau et pour la vie de la montagne.

La partie sud de l’Afrique se dessèche avec le réchauffement global, le nord aussi dans une moindre mesure, tandis que le Sahel devient un peu plus humide, avec un gain de pluie de 10%, mais sous forme de violentes précipitations entre des périodes de sécheresse torride.

La banquise arctique, qui régresse continument depuis 1980, s’effondre d’ici 2040.

La fonte des glaciers et du pergélisol des Alpes s’accentue, provoquant le délitement des flancs de montagne.

La plupart des récifs coralliens blanchissent et meurent. La montée des eaux submerge de nombreux atolls.

La biodiversité régresse, notamment en Afrique du sud

Les ouragans s’accentuent et apparaissent dans de nouvelles régions : sur les côtes brésiliennes, mais aussi méditerranéennes.

 

+ 2 degrés (c’est l’objectif de la COP 21)

L’acidification des océans réduit la vie marine calcaire : c’est moins de plancton pour fixer le CO2 atmosphérique.

La fonte des glaces polaires permet l’exploitation de nouvelles réserves de gaz et de pétrole. Si cette exploitation était mise en oeuvre, cela aggraverait le processus.

En Europe, les vagues de chaleur telles qu’en 2003 deviennent fréquentes, accompagnées de surmortalité, de pertes de récolte, de feux de forêts, de pénurie d’eau pour l’irrigation et l’hydroélectricité, d’une fonte accélérée des glaciers.

La fonte des glaciers du Groenland pourrait élever le niveau des mers de 5 mètres d’ici 2100, submergeant de vastes zones peuplées.

En Chine : inondations au sud ; sécheresse dans le nord.

En Inde : Les variations météorologiques plus amples réduisent la production agricole ; afflux de réfugiés du Bangladesh voisin subissant des moussons accrues.

Au Pakistan : pénuries d’eau et famines résultant de la disparition de la plupart des glaciers de l’Himalaya.

Avec la réduction des glaciers de la Cordillère des Andes, le Pérou, la Bolivie et l’Equateur voient leurs ressources en eau se tarir.

Dans l’ouest des USA, le remplacement de la neige par la pluie réduit les ressources en eau, accentue les sécheresses et les feux de forêts. La région centre nord des USA et le Canada y trouveront par contre de nouvelles opportunités agricoles. De même pour la Russie et la Scandinavie.

Enfin la plupart des pays africains voient leur production agricole baisser en raison de la hausse de température et de la diminution des pluies.

 

+ 3 degrés (c’est l’engagement actuel des Etats)

C’était déjà le cas il y a 3 millions d’années, à la période du pliocène : des forêts poussaient alors dans l’arctique et l’antarctique, et la concentration de CO2 était de 360 à 400 ppm, comme aujourd’hui.

La banquise a presque disparu, de même que les calottes et glaciers du Groenland, d’Islande, d’Alaska et du Canada.

La saison de culture s’allonge dans ces régions, ainsi qu’en Europe du Nord.

Les cyclones tropicaux gagnent en puissance et dévastent de plus en plus souvent le sud-est des USA et de la Chine. Les vents deviennent plus violents et les pluies plus intenses à l’échelle du globe, et notamment en Europe. Le Sahara a franchi le détroit de Gibraltar et progresse vers le nord.

Les régions subtropicales (Mexique, Afrique du Nord)  se désertifient, la production agricole y chute, déclenchant de vastes migrations et des conflits.

Dans le sud de l’Afrique, au Botswana,  les dunes du désert du Kalahari redeviennent « actives » et recouvrent villes et champs lors de vents violents.

Les moussons deviennent plus fortes, avec des inondations, et plus variables, avec des sécheresses accrues.

La fonte des glaciers et neiges de l’Himalaya gonfle d’abord les fleuves qui en descendent (Indus, Gange, etc.) puis les tarit dramatiquement ensuite, privant d’agriculture les régions périphériques (Pakistan, nord de l’Inde, sud de la Chine, etc.).

L’assèchement graduel des forêts tropicales d’Amazonie s’accompagne de gigantesques incendies, qui dégagent eux-mêmes du CO2 et amplifient ainsi le phénomène. Les fumées et gaz chauds rendent l’air irrespirable sur d’immenses régions. Il en est de même pour les forêts tropicales d’Indonésie et de Malaisie, ainsi que pour l’Australie. Avec le réchauffement des sols, les bactéries accélèrent la décomposition du carbone enfoui et libèrent massivement du méthane et du gaz carbonique.

 

+ 4 degrés (c’est juste en-dessous de notre trajectoire actuelle)

La fonte des glaces dans l’Antarctique provoque une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres.

Les inondations causent le déplacement de centaines de millions d’habitants des villes côtières et des deltas : Alexandrie, Boston, New York, Londres, Venise sont menacées, ainsi qu’un tiers de la surface du Bengladesh, etc. Les atolls coralliens disparaissent. Beaucoup d’iles et de régions côtières voient disparaitre sous la mer leurs terres les plus fertiles.

La sécheresse et la désertification de vastes régions tropicales  provoquent la famine et l’exode massif de personnes en quête d’eau et de nourriture.

Dans les zones tempérées les canicules s’accentuent et les orages sont plus brutaux. Avec la disparition des glaciers alpins, la réduction de la neige et davantage de pluies en hiver, le débit des rivières devient plus irrégulier, avec leur assèchement en été.  Le pourtour méditerranéen est par endroits déserté et ses habitants partis vers le nord de l’Europe et ses refuges surpeuplés.

La banquise arctique a totalement disparu. Le pergélisol laisse la place à des sols instables qui, dégelés, s’écroulent sous les constructions. Les bactéries décomposent la matière organique énorme stockée dans le pergélisol et produisent du méthane qui accentue encore le réchauffement.

 

+ 5 degrés (c’est juste au-dessus de notre trajectoire actuelle)

C’était le cas à la limite paléocène-éocène, il y a 55 millions d’années.

L’évaporation s’accroit et réduit l’humidité des sols dans les régions semi-arides. Les grands déserts se développent en Amérique du nord et du sud, en Australie, le Sahara et le Kalahari en Afrique, le désert de Gobi en Chine. Les glaciers et les neiges ont disparu des montagnes. Les nappes phréatiques s’épuisent.

Les précipitations augmentent au Canada et en Russie, où le débit des fleuves grossit et où le temps de culture s’allonge. Mais les étés sont torrides dans les terres, multipliant les incendies de forêts.

Les régions habitables du globe se réduisent considérablement, ce qui provoque transferts massifs de population, dépression économique, conflits ethniques ou communautaires.

Les océans se réchauffent, en commençant par l’océan arctique, le moins profond, et laissent échapper les hydrates de méthane qui y reposent en quantité, accélérant encore la hausse des températures.

 

+ 6 degrés (c’est ininmaginable, mais on ne sait jamais…)

Peu d’éléments nous permettent de deviner un monde plus chaud de 6 degrés, sinon le rapprochement avec la fin du Permien il y a 251 millions d’années, la pire crise qu’ait connue la terre.

Les déserts atteignaient le 45è parallèle de latitude nord, voire le 60è, près du cercle arctique.

Les océans aux eaux chaudes stagnantes et anoxiques ne permettaient presque plus de vie planctonique.

L’évaporation intense sur les océans provoquait de supers ouragans, avec sur terre de violentes tempêtes et inondations.

Dégagements d’hydrates de méthane et d’hydrogène sulfuré et destruction de la couche d’ozone complétaient ces désastres.

95% des espèces vivantes se sont alors éteintes.

 

Conclusion

D’après les modèles de changement du climat, il ne reste que peu de temps pour réduire les émissions de carbone et éviter d’atteindre les 3°C et l’emballement du réchauffement, avec successivement la libération de carbone piégé dans le sol des forêts tropicales, du pergélisol et les hydrates de méthane des océans.

L’urgence impose de combiner diverses actions : efficacité énergétique, énergies renouvelables et rationnement de carbone. Un mince espoir subsiste encore d’une société à faible usage de carbone qui évite le cauchemar des six degrés et transmette son héritage de calottes polaires, de forêts tropicales humides et de civilisations épanouies à un nombre sans fin de générations futures.
Note: Les 300 articles dont il est question ici ont été publiés dans des revues scientifiques à comité de lecture. Ils peuvent donc être considérés comme fiables. Les conclusions auxquelles aboutissent les études scientifiques, relatées dans ces articles, reposent sur des probabilités plus ou moins fortes. Avec un système aussi complexe que le climat mondial, il ne peut y avoir de certitude. Beaucoup de ces études ne s’intéressent qu’à un secteur géographique plus ou moins vaste et rarement à l’ensemble de la planète. Bien évidemment pour une région qui n’est pas citée, cela ne veut pas dire que celle-ci ne subira pas les conséquences du réchauffement de l’atmosphère.

 

Résumé du livre de Mark Lynas par Pierre Guillon